Ferrari Daytona Le Sport

Ferrari Daytona Le Sport

Ce nom fit d’elle une légende…

Dévoilée en 1968 au salon de l’Automobile de Paris, la Ferrari 365 GTB/4 (Daytona), chef d’œuvre esthétique et mécanique de Maranello, matérialisait la réponse du Commendatore à Ferrucio Lamborghini, qui venait de révolutionner le genre avec sa fameuse Miura.

Au cœur des années soixante, Ferrari tenait encore le haut du pavé avec ses GT déjà légendaires, mais à cette époque la concurrence, commerciale de Lamborghini, comme celle sportive de Ford commençait à faire de l’ombre au cheval cabré. Battu aux 24 Heures du Mans 1966 par les GT40 armée par Henri Ford, Ferrari prit une fantastique revanche l’année suivante, sur les terres de son ‘’ennemi’’. Cette vendetta était signée d’un triplé historique des prototypes Ferrari P4 aux 24 heures de Daytona.

Un coup d’éclat qui donnera naissance à la légende, car c’est précisément dans le sillage de cette remarquable aventure floridienne que les passionnés rebaptiseront la Ferrari 365 GTB/4 du nom du célèbre tour d’horloge. Un nom qui avait auparavant été donné de manière officielle au coupé Cobra Daytona, mais aussi à un fameux garde-temps Rolex. A relever, cette appellation ne sera jamais officielle, le Commendatore s’y refusant. Ainsi, c’est au salon de Paris 1968 que la « Daytona » fait sa première apparition officielle.

Désormais intimement lié au coupé de Maranello, ce nom évoque à lui seul l’histoire d’une machine devenue objet de convoitise, ce qui ne fût pas toujours le cas. Ces propos pour exhumer un souvenir personnel remontant au milieu des années septante. A cette époque, votre serviteur déjà gravement atteint du virus automobile, donnait de son temps à un ami qui possédait un parc de voitures d’occasion spécialisé dans les sportives.

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Les anciens s’en souviendront lorsque je préciserai que ce commerce était en plein air et qu’une BRM F1 trônait en son milieu. Etonnamment, ce type de voiture en seconde main n’avait pas d’attractivité particulière, ce qui faisait que la concurrence était aux antipodes de celle que nous connaissons actuellement. Bref, tout ça pour en arriver à cette Ferrari Daytona affichée au prix de CHF 24’900.- qui ne trouvait pas preneur. Restée plus d’une année exposée aux intempéries, nous désherbions régulièrement ses roues envahies de mauvaise herbe. Autre temps, autre mœurs…

Vilain petit canard, vraiment ?

Présentée au salon de Paris 1968, la Ferrari 365 GTB/4 n’a pas vraiment fait l’unanimité parmi les observateurs et journalistes, complétement sous le charme de la Lamborghini Miura et son architecture révolutionnaire, en regard de cette ‘’traditionnelle’ ’Berlinette Ferrari à moteur avant. Pourtant, il ne manquait pas de grâce ce chef d’œuvre signé Pininfarina, avec son long capot et son habitacle ramassé qui lui donnait cette allure de fauve prêt à bondir. Il faudra un peu de temps pour que la beauté s’affirme dans le cœur des afficionados, qui finirent par être conquis au point d’en devenir fous.

Il suffisait alors de faire abstraction du contexte – défaite au Mans face à Ford, architecture dépassée en comparaison de la Miura et difficultés financières de la marque – pour se rendre compte que la ‘’Daytona’’ était plutôt très bien née. Hormis sa ligne exceptionnelle, on découvrait au cœur de la belle son V12 Colombo. Dérivé de la 275 GTB74, poussé à 4,4 litres et gavé par six carburateurs Weber double corps, il développe 352 chevaux et emmène ses deux passagers aux frontières des 300 km/h.

Très intéressante également, l’architecture de sa transmission transaxle, avec la boîte de vitesses positionnée sur le pont arrière, assure une excellente répartition des masses, ce qui permet une pleine exploitation du châssis tubulaire. Eh oui, fidèle aux Ferrari de cette époque, la carrosserie de la Daytona n’est qu’une peau à l’esthétique remarquable qui recouvre un châssis en tubes soudés de section ovale. Autre ‘’détail’’ non négligeable de cette Ferrari, ses phares qui firent l’objet d’une controverse due aux autorités américaines.

Dessinée initialement par Pininfarina avec des phares abrités sous une vitre  » Perspex  » qui formait un bandeau complet sur la face avant, la Daytona héritera par la suite de phares rétractables homologués aux Etats-Unis, contrairement à la première version pourtant très esthétique.

Le plaisir à l’état pur

De nos jours, le marché met bien évidemment hors de portée cette fantastique voiture, qui représente non seulement un rêve automobile, mais également un placement sûr. Cet élément, non négligeable, réserve son acquisition à quelques investisseurs, parmi lesquels certains qui n’emmèneront malheureusement pas leur Daytona sur la route, son réel terrain de prédilection. Pour ma part, j’ai eu la grande chance de parcourir les routes du canton de Genève derrière le volant de ce magnifique modèle de 1973. De grands moments de plaisir, bercés par la sonorité d’un V12 qui ne fait absolument pas son âge, tout comme l’ensemble. Surprenante au départ, la faute à la mauvaise habitude de facilité donnée par les voitures actuelles, la conduite de la Ferrari Daytona confine au bonheur.

Puissant, le V12 ne demande qu’à déchainer une cavalerie parfaitement servie par la boite de vitesses. Petit bémol, mais c’est conforme à l’époque de cette voiture, le freinage n’est pas des plus puissants et nécessite d’anticiper un tant soi peu. Ce qui ressort de ce galop d’essai, c’est le respect qu’inspire aujourd’hui encore cette GT des années 60 qui peut encore procurer beaucoup d’émotions et surtout du plaisir. Un grand merci à nos fidèles partenaires, Tiziano et Fabrizio Carugati, dont la caverne d’Ali Baba renferme bien des trésors.

Encadré

La longue histoire des coupés 2 places Ferrari à moteur avant

Née au début des années cinquante, la saga des coupés Ferrari biplaces à moteur V12 avant, a commencé avec la 250 GT, dont sera notamment issue la fabuleuse GTO. Vint ensuite, dès le milieu des sixties, la série 275 GTB et GTS, une génération toujours équipée du V12 ‘’Colombo’’, à laquelle succéda le modèle 365 évoqué dans ces colonnes, également décliné en versions GTB et GTS. Une production qui s’étala de 1968 à la moitié des années septante.

Dès cette époque, Ferrari se concentra davantage sur les coupés à moteur central arrière, ainsi qu’à différents modèles 2+2. Il fallut attendre le milieu des années nonante pour retrouver un coupé deux places à moteur avant dans le catalogue Ferrari. La nouvelle s’appelle 550 Maranello et sera produite jusqu’en 2002, date à laquelle sera présentée sa remplaçante 575 Maranello.

Changement radical en 2006, avec la présentation de la 599 GTB Fiorano qui bouscula les codes carrosseries et mécanique de ses deux précédentes grandes sœurs. Etroitement dérivées des connaissances acquises en F1, la Fiorano a été développée en étroite collaboration avec Michael Schumacher. De cette génération découleront les rares versions GTO et Aperta en hommage aux 80 ans de la marque. Des versions qui nous amènent au coupé actuel F12, le plus puissant produit par Ferrari, avec les 740 chevaux développés par son V12 dérivé de la mythique Enzo.

Parole de connaisseur (avec la photo de Fabrizio)

Aux commandes de Carugati Automobiles avec son père, Fabrizio Carugati nous a parlé de cette Daytona : La Daytona est un vrai mythe des années 70, la première à avoir flirté avec les 300 km/h. Celle-là à la particularité d’avoir été vendue à Genève en 1973, qu’elle n’a eu que deux propriétaires, ce qui est rare, de la même famille. Le premier l’ayant revendue à son neveu.

www.carugati.ch

Auteur: Gérard Vallat

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