Speedy Garage

La clinique des légendes

Devenue ennemie mortelle d’une société rongée par l’hypocrisie, à la poursuite d’une chimère de vie éternelle, comme de pureté, l’automobile actuelle paie un lourd tribu à cette science des bien-pensants, qui l’a privée de l’attrait qu’exerçait avant elles ses aïeules.

Signe de ces temps difficile pour une industrie pourtant incontournable économiquement, le retour massif de voitures anciennes sur nos routes confirme que la passion est bel et bien toujours intacte. Oui, mesdames et messieurs les donneurs de leçons, l’automobile fait encore rêver, et pas seulement les chanceux qui ont les moyens de s’offrir de très grands crus. Une nouvelle génération retrouve le plaisir de rouler au volant de «young timer», ces bagnoles des années 70 – 80, genre Golf GTI, Alfa-Romeo 1750 et autres. Voilà pour les plus jeunes, leurs parents eux apprécient de sortir les cabriolets so british qui ont bercé la douce insouciance des années 60.

Pour rafraichissant que soit cet état de fait, il pose néanmoins le problème de la restauration et la maintenance d’engins pourtant simples à comprendre, mais qui parlent une langue étrangère aux mécaniciens de la génération du tout électronique. Pour répondre à ce nouveau besoin, de nouvelles officines reprennent le flambeau des anciens, à l’image du «Speedy Classic» dirigé par Gilles Sommer, par ailleurs mécanicien de course sur la Rebellion R-One. Il nous a ouvert les portes de l’atelier classique situé à Romanel s/Lausanne.

On connait par le sport automobile le nom «Speedy Garage», depuis quand ce département Classic existe-t-il ?

Je travaille depuis plusieurs années au Speedy Garage sur les voitures contemporaines, essentiellement sportives, mais aussi sur quelques anciennes. Au fil du temps nous avons vu la clientèle se développer, ce qui a généré la création de l’atelier Classic, entièrement dédié à la restauration et la maintenance d’Old timer. Cela fait maintenant 18 mois que Speedy Classics est opérationnel.

Quel est votre champ d’activité ?

Tant que possible, nous essayons de tout faire en interne, à cet effet nous avons notamment engagé un sellier, ainsi qu’une apprentie de cette profession. Toute la partie mécanique, moteur, transmission, freins, ainsi que l’électricité est dans nos compétences, seuls les travaux de carrosserie et peinture sont externalisés auprès d’un partenaire de longue date.

Constatez-vous un développement de l’intérêt pour les voitures anciennes ?

L’époque actuelle tend à amener les gens vers les anciennes, la génération de mes parents est attirée par les voitures des années 50-60, pendant que la mienne s’intéresse aux modèles des années 70-80, celles que nous voyions dans la rue lorsque nous étions adolescents. Elles nous faisaient rêver. Aujourd’hui, on sait que tous les objets sont fabriqués pour une durée programmée, de ce fait je ne suis pas sûr que les autos actuelles soient traitées de la même manière quand elles auront vieilli. Maintenant on constate aussi que certaines personnes font l’acquisition d’une voiture ancienne, en la considérant comme un placement, au même titre qu’un tableau, ce qui n’empêche pas le plaisir de l’utiliser. D’autres ne recherchent que le plaisir pur du roulage dans une atmosphère différente, avec des modèles plus accessibles et qui parfois ne valent pas grand-chose. De ce fait, nous travaillons indifféremment sur des voitures valant des prix astronomiques, comme sur d’autres financièrement beaucoup plus accessibles. Finalement l’attachement à cet objet peut-être différent, mais il a toujours un lien avec le plaisir et nous avons la chance d’évoluer dans cet univers et c’est vraiment passionnant.

Vous mentionnez deux approches de la voiture ancienne ?

C’est certain, nous sommes dans une période particulière, et peut-être en train d’atteindre un plafond des valeurs, avec des prix très élevés pour certaines pièces. Alors naturellement cela attire certaines personnes aisées, davantage intéressés par l’investissement que par la passion pure. En ce qui nous concerne, nous bénéficions de cette situation, puisque cela nous permet d’entreprendre des travaux de restauration parfois très élevés, qui ne se justifieraient pas forcément si la voiture ne valait rien. Mais cela n’exclut pas de restaurer des autos exclusivement «coup de cœur» Nous nous attachons à redonner vie aux voitures que nous restaurons, pas seulement pour leur donner une belle apparence d’exposition. Ces voitures sont faites pour rouler et permettre à son propriétaire d’en profiter pleinement, et cela dans des conditions optimales. Je me répète, c’est l’essence du plaisir de notre métier, cette liberté d’action dictée par l’attachement à l’objet.

Restaurer des voitures anciennes implique le remplacement de pièces devenues parfois introuvables ?

Effectivement c’est un sujet qui nous occupe beaucoup, auquel nous consacrons du temps. Dans ce domaine, il existe des entreprises qui reconstruisent des pièces devenues introuvables, mais il ne faut pas oublier qu’une voiture maintien davantage sa valeur avec des pièces usées, voire cassées suivant lesquelles, plutôt qu’un remplacement par des pièces chinoises de mauvaise qualité. On doit être vigilant. Par exemple, lorsqu’on établit un certificat Ferrari, nous devons fournir les indications concernant la provenance des pièces qui ont été changées. D’où l’importance du carnet d’adresse pour se fournir en pièces, si possible d’origine, ou alors d’une qualité irréprochable.

Avez-vous une spécialisation particulière suivant l’époque ?

On prend tout ce qui a plus de 30 ans, tant que possible, même si cela ne signifie pas grand-chose. Je pense personnellement que l’âge du classique doit s’arrêter à une certaine période. Par exemple la période du carburateur, le début de l’injection, l’arrivée du catalyseur. Aujourd’hui toutes les voitures se ressemblent. Disons début des années 90, mais il y aura toujours des gens qui auront envie d’une auto précise, plus jeune. On voit maintenant un engouement pour la BMW M3 E30, dont la valeur est en constante augmentation, comme une Porsche 911 des années 70. Ce monde de la voiture ancienne est une science inexacte.

Combien de collaborateurs emploie Speedy Classics ?

Nous sommes neuf, y compris la sellerie. En moyenne tous sont plutôt jeunes, certains issus du milieu du sport automobile, ce qui en fait des éléments à valeur ajoutée. Leur intérêt pour la voiture ancienne fait qu’ils sont en général plus créatifs, curieux et réactifs qu’un mécanicien lambda, entièrement conditionné pour évoluer sur les voitures modernes. Nous formons vraiment une très bonne équipe qui travaille dans une excellente atmosphère.

speedygarage.ch

Auteur: Janine Weise

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