Le choc des mondes…

Tesla P90 D et Corvette C6 Z06

A la fois si proche et radicalement différentes, la Tesla P90 D et la Corvette C6 Z06 peuvent être considérées comme dignes représentantes de deux mondes automobiles.

Point commun de ces deux voitures, leur propriétaire Nicolas Chauvin, diplômé de l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) en Robotique (Microtechnique). Fondateur et CEO de LENR Cars, société basée en Suisse développant des générateurs électrique mobiles basés sur la technologie LENR, afin d’alimenter en énergie des véhicules électrique ou de produire de la chaleur et de l’électricité pour des véhicules conventionnels. Totalement immergé et passionné des nouvelles technologies automobiles, Nicolas Chauvin était déjà intervenu dans nos colonnes après le salon de l’auto de Genève 2015. Il fait le point sur l’écart entre électrique et thermique, mais aussi sur les avancées de la voiture électrique.

L’an dernier, vous nous aviez parlé des véhicules hybrides et électriques, depuis vous avez fait l’acquisition d’une Tesla ?
En effet, je possède une Tesla modèle S. Grosse berline de 5 mètres de long sur 2 mètres de large, on dira que c’est une voiture de format américain. J’ai fait le choix de la version quatre roues motrices, avec un moteur sur chaque axe. Cette version est équipée de la plus grosse batterie de 90 kw/h, soit environ le triple de celles équipant les autres voitures électriques du marché, ce qui permet de couvrir environ 400 à 450 kilomètres avec une charge en été. En hiver l’autonomie tourne aux alentours de 350 kilomètres.

Quelle est la raison qui vous a fait opter pour cette voiture, quel est son point fort ?
Mon entreprise développant des solutions pour les véhicules électriques, il y a une notion de cohérence avec mon activité professionnelle que de posséder une voiture propulsée par ces énergies. Mon processus de décision d’achat était lié à une voiture disposant réellement d’une grande autonomie. Elle est très polyvalente, spacieuse et vraiment confortable, évidemment silencieuse, tout ça avec les performances d’une sportive, presque comparable à une Porsche 911. Cette Tesla est le pendant des Audi RS6, BMW M5, mais avec ce confort du silence quasi absolu à bord.

Vous évoquez une grande autonomie, mais qu’en est-il de la recharge lors de longs déplacements ?
Tesla propose une infrastructure de stations de recharges qui permet de parcourir toute l’Europe sans risque de se retrouver en panne. La voiture étant connectée en permanence, elle guide son chauffeur jusqu’à la station la plus proche de son itinéraire, tout en indiquant si il y a, ou non, des véhicules déjà en charge. Il est prévu, au cours de cette année, de se rendre du Portugal jusqu’en Russie sans problème de recharge et sans faire de détours, pour autant qu’on suive les grands axes. Seule contrainte à prévoir et planifier, s’arrêter tous les 400 kilomètres et prévoir quarante-cinq minutes à une heure pour emmagasiner l’énergie électrique. Mais ces stations sont toujours à proximité de points de restauration, ce qui permet de prendre un peu de repos. A ce jour, je n’ai pas encore parcouru plus de 350 kilomètres de trajets aller-retour, mais je n’ai pas connu de problème d’autonomie, ni de difficulté pour trouver un point de charge. Seul problème auquel peuvent être confrontés les utilisateurs de voitures électriques, trouver une voiture thermique stationnée sur un point de recharge, parce que certains conducteurs n’ont pas encore intégré le phénomène électrique.

Quel est le coût de recharge ?
Cela dépend des zones, chez Tesla la recharge pour les véhicules haut de gamme est incluse sur sa durée de vie dans le prix d’achat. Je crois que le prochain petit modèle, qui sera présenté prochainement, n’aura pas cette «option» et il faudra peut-être s’acquitter d’un petit montant pour le recharger. Chez moi, je charge ma voiture la nuit, durant 8 à 9 heures, ce qui me coûte 20 centime le kilowatt/heure, soit environ de 15.- à 20 francs le plein. Il m’arrive de la recharger à l’EPFL et le prix est plus bas encore. En faisant un bilan sur les 5000 kilomètres que j’ai parcourus, j’ai dépensé 200.- à 250 francs en recharges d’électricité, soit 40.- à 50 francs les 1000 kilomètres pour une voiture qui développe 600 chevaux.

Les performances diminuent-elles lorsque l’autonomie s’amenuise ?
Lorsque la batterie est proche d’être vide, on ressent une perte considérable de la capacité de récupération d’énergie au freinage, ainsi qu’une diminution de la puissance en général. En hiver, avec le froid le phénomène s’accentue.

Vous possédez également une Corvette Z06, de quoi faire le grand écart entre deux mondes ?
On est dans la même gamme de puissance, avec des voitures de plus de 500 chevaux, mais je fais effectivement le grand écart avec la Corvette qui est une voiture plus typée circuit. La Tesla est également excitante et sportive, tout en offrant davantage de polyvalence, ainsi qu’un agrément au quotidien dû à son silence de fonctionnement. Beaucoup de personnes me demandent si je ne suis pas déçu de l’absence de sonorité du moteur. Alors oui, c’est clair que le V8 de la Corvette émet un beau son, mais il faut avouer que c’est agréable pendant le premier quart d’heure, après cela devient vite fatiguant. On se rend vraiment compte de l’agrément de conduite lorsqu’on est à bord d’une voiture électrique tellement silencieuse, d’autant plus si elle est équipée des aides au pilotage qui commenceront à se généraliser, et dont bénéficient déjà la Tesla.

En quoi consistent ces aides à la conduite ?
La nouvelle aide à la conduite «Tesla Autopilot» permet dans certaines circonstances de laisser le système diriger lui-même la voiture. Sur autoroute, la Tesla peut gérer seule la conduite, le cruise control s’adapte à la distance entre véhicules et le guidage du volant est pris en charge. Sur autoroute, la voiture suit le marquage au sol, elle s’arrête et redémarre seule en cas de trafic ou bouchon. Elle reste sur la file choisie par le conducteur, mais avec la simple utilisation du clignotant, par le conducteur, elle suivra la direction voulue. A l’usage c’est extrêmement reposant sur autoroute. Certains journalistes l’ayant testée sur la traversée des Etats Unis ont déclaré que le temps de trajet était similaire à celui d’une voiture thermique, sauf l’agrément de conduite incomparable de la Tesla. A l’inverse, la Corvette a un grand avantage de poids, avec 1430 kilos contre 2,3 tonnes pour la Tesla qui paie cher son stockage d’électricité. Cela se ressent au freinage, au niveau de la maniabilité et en conduite vraiment sportive. Ce n’est clairement pas une voiture de circuit. Je dirais que la Tesla est un TGV et la Corvette un cheval de rodéo. L’accélération de la Tesla est incroyable, elle rivalise avec des Supercars de plus d’un million de 0 à 100 km/h, grâce à une motricité impressionnante.

Peut-on situer les progrès dans le domaine des voitures électriques depuis l’année dernière ?
Le prix des batteries a considérablement baissé ces douze derniers mois. General Motors propose une offre à même de concurrencer Tesla avec la Chevrolet Bolt, une nouvelle voiture qui sera vendue environ 35’000 dollars, avec une assez grosse autonomie de 320 kilomètres avec une batterie de 60 kw/h. Ces batteries, déjà utilisée sur la Volt hybride, sont produites par LG Chem. Aujourd’hui le prix est 40% moins cher avec un coût de 140 dollars le kw/h, contre 240 dollars auparavant. Chez Tesla une nouvelle batterie moins chère est en cours de finition dans leur usine du Nevada. Nous sommes à l’orée de la commercialisation de batteries qui permettront de vendre des voitures capables de parcourir 350 kilomètres, pour un prix avoisinant les 35’000.- francs. La prochaine Tesla, qui sera présentée dans les semaines qui viennent, sera une concurrente de BMW série 3 et Audi A4. Pour un prix approximatif de moins de 60’000.- francs toutes options, on aura une voiture ayant des performances supérieures aux BMW M4 et Audi RS6. Cela va démocratiser le véhicule électrique, mais l’infrastructure risque d’être en retard, ce qui risque de poser des problèmes dans les stations de recharge.

Est-ce que la multiplication de voitures électriques ne va pas poser de problèmes au niveau des quantités et coûts des matériaux composants les batteries ?
C’est possible, actuellement deux composants sont critiques dans les batteries lithium-ion, le lithium et les électrodes au cobalt des batteries hautes performances. L’extraction du cobalt est relativement cher et surtout se fait dans des pays qui ne respectent pas forcément les règles internationales. On estime que les réserves de lithium sont suffisantes jusqu’à la fin du siècle, en tenant compte de la croissance prévisionnelle des véhicules électriques, mais les ressources ne sont pas illimitées. Actuellement, il n’existe pas réellement de trading du lithium, tel qu’on le connait dans les matières premières essentielles. De gros changements sont en perspectives. Les grosses réserves se trouvent en Bolivie dans une zone désertique. Ce pays suit l’évolution, avant d’exploiter ces champs. On peut également parler du recyclage des batteries, que ce soit des ordinateurs, des téléphones, tablettes etc. et maintenant à 100% les batteries de voitures électriques. On attend également des progrès par le remplacement de composants, tels le cobalt qui seraient remplacé par le silicium. Une nouvelle génération de lithium-R est à l’étude. Plus légères, on parle de réduire le poids d’un facteur 5, ces batteries dont l’autonomie sera doublée devraient être introduites sur le marché dans un délai de 10 à 15 ans. On aura alors une offre qui dépassera tout ce dont est capable un véhicule à moteur thermique.

Auteur: Janine Weise

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